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Compte-rendu de la table ronde sur l’accessibilité numérique organisée par BrailleNet

J’ai eu le plaisir d’être invité en tant qu’intervenant à la table ronde sur l’accessibilité numérique, organisée par l’association BrailleNet, mercredi 13 juin,  dans le cadre du salon Autonomic. Je vous en propose un rapide compte-rendu. Parlons tout d’abord des conditions qui étaient tout à fait correctes, dans un auditorium d’une centaine de places, un accès wifi arraché de haute lutte par Denis Boulay qui a usé soit de son charme, soit d’une prise de kungfu, je n’ai pas réussi à savoir, mais je penche plutôt pour la première hypothèse, un rétroprojecteur et à boire pour les intervenants ; de l’eau seulement. Seule ombre au tableau, mais de taille, il semble que la boucle numérique destinée aux personnes en situation de handicap auditif, ne fonctionnait pas. Une auditrice a donc dû quitter le débat faute pouvoir tout saisir, j’imagine.

Dominique Burger, président de l’association BrailleNet a introduit le sujet en rappelant les enjeux de l’accessibilité numérique tant pour l’intégration sociale que professionnelle et retraçant à grands traits le chemin parcouru depuis une vingtaine d’année.

La première intervention a été assurée par Alex BERNIER (BrailleNet) sur le thème : le livre numérique, une révolution. Son propos principal a été de faire entrevoir une convergence croissante entre le monde de l’édition adaptée (ceux qui produisent des livres essentiellement à destination des élèves et des étudiants pour leur permettre de suivre leur scolarité) et le monde de l’édition classique en effet, malgré une résistance encore perceptible des éditeurs, des difficultés techniques liées à l’hétérogénéité des formats et des questions juridiques sur les droits d’auteur toujours en suspens, l’arrivée des format Epub et PDF, l’expansion des systèmes de lecture grands public comme les tablettes font que les éditeurs se voient aujourd’hui confrontés aux mêmes problématiques que celles de l’édition adaptée. Ainsi, la portabilité du contenu, sa structuration, le multimédia sont autant de paramètres que les éditeurs grand public doivent prendre en compte, questions qui répondent en partie aux problèmes d’accessibilité de l’information numérique. A l’écoute de l’exposé d’Alex, j’ai eu l’impression que nous avions une formidable fenêtre pour faire avancer le sujet de l’accès au livre et à la connaissance, mais qu’il reste encore de nombreux obstacles et que nous devons restés vigilants si l’on ne veut pas se retrouver dans 10 ans en ayant loupé le coche.

Ensuite, ce fut au tour de Mathilde Le Goff de nous présenter deux services de communication à l’intention des personnes sourdes et malentendantes. Le premier se nomme Tadéo, à usage professionnel, le second Acceo, à usage particulier. Le principe de ces deux services est de permettre aux personnes ayant un handicap auditif de communiquer, par l’intermédiaire d’un tiers qui est soit un interprète en langue des signes, soit un transcripteur. Par exemple, une personne avec un handicap auditif souhaite téléphoner à un collaborateur au sujet d’un dossier. Il contacte Tadéo, demande un interprète en LSF ou un transcripteur selon sa convenance, lequel joint ledit collaborateur. L’intermédiaire Tadéo relaie ce que chacun des deux a à se dire. La grande originalité de Tadéo est d’avoir été voulu et imaginé par des entreprises qui souhaitaient permettre à ses collaborateurs sourds et malentendants d’exprimer pleinement leurs compétences professionnelles.

Accesséo est basé sur le même fonctionnement mais il permet à l’utilisateur de communiquer avec sa banque, une administration etc… Selon M Le Goff seuls 10 à 15 % des personnes ayant un handicap auditif en France maîtrisent la langue des signes. Ce sont celles qui l’ont apprise jeune. Pour celles dont le handicap est survenu au cours de la vie par maladie ou accident, c’est davantage l’écrit qui est leur moyen de communication. C’est la raison pour laquelle Tadéo propose soit la LSF, soit une transcription textuelle des échanges. Rappelons également que tout ceci se fait dans un strict cadre de confidentialité et de sécurité quant aux échanges professionnels. Petite ironie du sort, Mathilde avait prévu de nous montrer une vidéo, mais des soucis techniques ont rendu le son totalement inaudible. Il lui a donc fallu improviser une audio description. Ce qu’elle a merveilleusement réussi, avec le sourire. Bravo !

Est arrivé mon tour. Mon but était de montrer comment et pour quels usages tant professionnels que privés, une personne aveugle pouvait utiliser un Smartphone. Disons-le d’emblée, à l’heure actuelle, le seul périphérique de ce type qui offre une réelle accessibilité est l’Iphone. Nous ne pouvons qu’espérer que cela évolue et que nous aurons davantage de choix dans un avenir pas trop lointain. Aussi n’ai-je axé ma présentation que sur cet appareil. Premier gag,  nous avions connecté l’Iphone au projecteur et l’image apparaissait à l’envers. Ceci résolu, j’ai d’abord expliqué quelques rudiments d’utilisation de l’Iphone avec le lecteur d’écran intégré VoiceOver. J’ai ensuite successivement montrer l’utilisation de Twitter, Ibooks, une application permettant d’acheter et de lire les derniers livres parus, Plan, qui permet en principe de préparer un itinéraire, et Prizmo qui peut photographier un document et nous le transcrire en texte de manière à en prendre rapidement connaissance. Sur Twitter, j’ai été trahi par ma distraction car, en voulant écrire modestement : « la démo du siècle », la correction automatique de l’engin m’a fait écrire tout autre chose. Autre truc marrant, en tête des messages figurait un premier tweet très sérieux, puis, juste en-dessous un autre message sur « le plus long rot du monde ». Ce sont les aléas du direct. La démo de Plan a complètement foiré. Pourtant je venais de la répéter, à peine dix minutes avant. Je n’ai donc pas pu prouver qu’elle permet d’avoir un description rue par rue de son itinéraire. Avec Prizmo, j’ai pu démontrer que tous les documents ne pouvaient pas être reconnus avec précision et qu’il s’agit donc d’un outil qui aide à prendre rapidement connaissance de son courrier, par exemple, mais n’est pas adapté à une lecture attentive. Le clou de la démo fut l’appel téléphonique d’un ami qui m’attendait à l’entrée du salon. Cela m’a permis de rappeler que l’Iphone pouvait éventuellement servir aussi de téléphone. Si j’en juge par les personnes qui sont venues me voir après la séance, cela a suscité leur curiosité et l’envie d’en savoir davantage. C’est pour moi l’essentiel. Certains m’ont même pris pour un vendeur de chez Apple. Je ne sais toujours pas comment je dois le prendre, moi qui n’apprécie pas grandement les vendeurs. Peut-être ai-je raté ma vocation ?

Le dernier intervenant fut Philippe LE PADELLEC (Alcatel-Lucent) sur la question : « Les apports du numérique dans l’accès à l’emploi ». Ce que j’en ai retenu est la nécessité pour une grande entreprise non seulement de répondre à des obligation d’accessibilité de ses propres applications métier pour permettre à leurs collaborateurs handicapés d’être embaucher ou de conserver leur poste, mais aussi d’être fortement présente sur ce terrain lors des appels d’offre. En effet, l’exigence d’accessibilité dans le cahier des charges des clients est de plus en plus forte, puisqu’elles-mêmes ont à se conformer aux obligations d’embauche des personnes handicapées. L’effet d’entraînement commence donc manifestement à se faire sentir et à produire ses effets vertueux. M. Le Padellec a abondamment cité l’exemple des centres d’appels équipés par son entreprise.

Dominique Burger a conclu cette réunion en soulignant les points de convergence qu’il pressent entre les produits grand public et les solutions d’accessibilité qui commencent timidement à être fournies en standard.

J’espère avoir le temps de fournir très vite le transcript des questions posées à chacun par la salle et les réponses des intervenants.

Bon désolé, mais je n’ai enregistré que ce qui me concernait. Voici donc.

Transcription des questions à Tanguy

 

Denis Boulay (BrailleNet) :
J’avais une question par rapport aux applications  qu’on peut associer pratiquement à des
interfaces web, des journaux, par exemple. Les normes d’accessibilité qui sont
é&mises par le w3c qui s’appliquent au web en général, s’appliquent-elles
aussi au contenu produit pour d’autres supports, ou s’agit-il des mêmes normes
?

Tanguy : Si l’on respecte déjà les normes existantes, on
obtient un niveau d’accessibilité très satisfaisant puisqu’on a les mêmes
contraintes (alternatives textuelles aux éléments non visuels, transcript sur
les vidéos). Parallèlement, le w3c a créé une initiative nommée access Mobile
dont le travail est de réfléchir à ce qu’il faudrait ajouter aux normes
actuelles pour avoir une accessibilité optimale pour les plateformes mobiles.
Les écrans étant plus petits, on peut avoir des contraintes supplémentaires
comme les fonctions de zoom, des contenus plus simples ou morcelés. En ce sens,
cette initiative a son intérêt. Néanmoins, les standards existants sont déjà
très largement suffisants.

J’ajoute qu’avec VoiceOver, la navigation sur le web sur
fait aussi par liens, par titres, par listes, par contrôles de formulaires, et
que ces éléments sémantiques, structurants de la page sont nécessaires, voire
encore plus indispensables que sur ordinateur.

 

Dominique Burger (BrailleNet) : les applications livrées en
standard dans l’Iphone sont-elles accessibles ?

Tanguy :  les
applications en standards sont toutes accessibles. On rencontre également,
comme dans le monde PC, des applications qui ne respectent pas les standards
Apple, des développeurs qui n’ont pas connaissance du fait que tous les outils
sont à leur disposition pour rendre leurs applications accessibles. On se
retrouve alors avec des boutons qui ne sont pas nommés, des objets qui ne sont
même pas reconnus pas VoiceOver. Mais tout ce qui est en standard est
accessible.

Dominique Burger : Bel exemple de convergence.

Question : est-ce qu’on peut diminuer la vitesse de lecture
et  la tonalité de la voix ?

Tanguy : la vitesse oui, la tonalité non. On peut
éventuellement mettre une voix de moindre qualité, à la place de la voix haute
qualité que l’on entend là. Mais ce sont les seuls réglages que l’on peut faire
sur la voix.

 

Question : là vous n’avez pas utilisé la reconnaissance
vocale pour téléphoner par exemple ?

Tanguy : j’ai essayé une fois, j’ai appelé quelqu’un
d’autre, j’ai du improviser un repas (rire dans la salle). Donc pour l’instant
je ne suis pas très convaincu.

 

Pierre Rénaud : Un complément par rapport à ce que dit
Tanguy : je suis moi aussi utilisateur assidu de l’Iphone. A savoir que
l’Iphone peut aussi se connecter très facilement à des claviers Bluetooth, mais
aussi à la plupart des afficheurs Braille du marché. Je m’en sers assez régulièrement
en réunion comme preneur de notes (Braille ou vocal). C’est un des produits les
plus stables que j’ai rencontré depuis des années. Ceci pour souligner que
c’est un produit grand public accessible à beaucoup de personnes en situation
de handicap. Ca je pense que c’est la véritable révolution de ces dernières
années. Ce qu’a fait Apple, j’espère que d’autres fabriquants de matériel vont
très vite suivre le modèle de la pomme.

Tanguy : c’est aussi ce qui fait que l’on a le même investissement
qu’une personne valide. A part évidemment pour l’acquisition éventuelle d’un
afficheur Braille. Il n’y a donc pas de coût supplémentaire à envisager.

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