Qu’est-ce que l’accès à l’information ? (partie 2/2)

Dans la première partie de mon analyse, j’ai tenté de définir les différentes acceptions de la notion d’accès à l’information vis-à-vis d’un contenu web, selon les points de vue respectifs d’un développeur, d’un ergonome, d’un utilisateur et d’un client. Si cela m’a permis de dégager quelques perspectives, il m’a semblé intéressant, voire nécessaire, d’élargir la prospection à d’autres situations de vie pour trouver un ou plusieurs dénominateurs communs, puis élaborer, sinon une définition, du moins des caractéristiques intengibles de ce concept.

 

L’enquêteur

Lorsqu’un enquêteur s’attaque à un nouveau dossier, il commence par faire des constats, récolte les faits qui ne sont encore pour lui que des données brutes, sans lien apparent entre elles. Rapport d’autopsie, enquête de voisinage, passé de la victime et éléments de la scène de crime forment un faisceau d’indices qui, pris isolément, ne signifient pas grand-chose. Mais lorsqu’il sont rassemblés autour d’un même évènement criminel constituent un contexte qui permet à la personne chargée de l’enquête de relier les informations fragmentaires pour échaffauder une ou plusieurs hypothèses et démasquer le coupable. Ce qui est l’information ultime recherchée et dont l’accès n’est effectivement possible qu’en s’impreignant de ce contexte dans lequel elle se situe. Ici, le facteur temps peut éventuellement jouer un rôle, mais il est de toute façon moins important que celui qui influe sur l’appréhension d’une page web. Je songe en particulier aux sessions à durée limitée qui, au bout d’un certain temps d’inactivité de la part de l’utilisateur, expire. Or, cette limite de temps peut parfois s’avérer trop courte pour que l’utilisateur appréhende le contenu et le contexte de cette page pour, par exemple, répondre à une question ou confirmer une action.

 

Le dépanneur

Pour être efficace, le dépanneur de votre chaudière, de votre ordinateur ou de votre voiture a besoin, sinon de voir l’engin récalcitrent, au moins que vous lui décriviez les symptômes de la panne. Il est également fort probable qu’il vous pose un certain nombre de questions pour comprendre à quel moment et dans quelles circonstances elle s’est produite. S’il s’agit d’un professionnel auquel vous faites régulièrement appel, il ajoutera à son diagnostic la connaissance de votre environnement, ou de votre étourdirie chronique qui fait que vous oubliez d’éteindre les phares de votre véhicule ou ne vous y prenez jamais à temps pour faire le décrassage de votre chaudière. Par de simples questions ou suppositions, il chercherche tout simplement à reconstituer le contexte de la panne. Car les symptômes seuls ne sont pas toujours suffisant pour en détecter la cause.

 

Le navigateur

Sortez le nez de votre écran et imaginez un vrai navigateur, en chair et en os, perdu au milieu de nulle part et s’efforçant de retrouver sa route. Selon son caractère, il va procéder méthodiquement, scientifiquement, ou se fier à son instinct. Mais même dans ce dernier cas, il rassemble inconsciemment des fragments d’informations qui peuvent faire appel aux sensations, à la mémoire, à des repères visuels ou climatiques que son cerveau a enregistré et analyse pour en déduire le cap à prendre. Le navigateur cartésien s’appuiera sur un ensemble d’informations d’une autre nature telle que la route déjà effectuée, le relever de données météorologiques, les données que peuvent lui fournir des outis de positionnement extrêmement sophistiqués. Mais il engage en fin de compte la même démarche, celle de rassembler des informations parcellaires pour les lier les unes aux autres et obtenir l’information essentielle qui est le cap à suivre. Et c’est alors qu’il peut surfer.

Dans ce cas de figure, les conditions matérielles, les données d’ordre purement technique ont un rôle prépondérent sur l’accès à l’information.

 

Ce ne sont là que trois situations prises au hasard, enfin pas coplètement. Mais je suis sûr que si vous vous interrogez sur votre propre métier, il se dégage cette caractéristique commune nécessaire à tout accès à l’information. Pour que celui-ci soit possible, il faut en effet être en mesure d’en connaître le contexte, c’est-à-dire de rassembler des fractions d’informations qui, liés entre elles, forment une unité que vous pouvez appréhender grâce à votre expérience, vos connaissances du sujet, votre curiosité intellectuelle ou la motivation qui vous pousse à faire ce lien dans un objectif précis. Toutefois, même si cela peut être décevant, j’en conviens, votre seule personne ne suffit pas à garantir l’accès à l’information que vous cherchez. Un certain nombre de conditions doivent être réunies qui vont de la technique à la mise en situation en passant par la structure même des informations fournies.

 

Je déduis de ces deux perspectives d’analyse, celle liée directement à la construction et la consultation de pages web et celle du champ plus large de quelques professions que les caractéristiques communes de tous ces points de vue sont les suivantes :

Une information n’a de sens et n’est exploitable que dans un contexte et en relation avec d’autres informations.

Il existe certes des informations unitaires qui peuvent être explicites en soi, mais c’est toujours dans un contexte donné.

La compréhension de l’information nécessite donc une inter liaison des éléments entre eux de la part de l’utilisateur qui adoptera différentes stratégie en fonction de son expérience, de sa logique, de son fond culturel, des moyens techniques dont il dispose. L’impact sur l’utilisateur est, quant à lui, fortement correllé à la facilité qu’on lui offre à faire ce lien et à se situer dans le contexte.

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2 Réponses à “Qu’est-ce que l’accès à l’information ? (partie 2/2)”

  1. Olivier Nourry (@OlivierNourry) dit :

    Puisque tu évoques MIPAW dans la première partie de ce passionnant billet, j’en profite pour apporter un éclairage sur la notion « d’accès à l’info » telle qu’elle se profile dans ce projet.
    Précisons d’abord que pour MIPAW cette notion reste à définir de façon formelle et non-équivoque. Ce sera d’ailleurs le tout premier chantier, qui initiera et inséminera les suivants (mesure, méthodo, etc.).
    Dans l’état actuel des choses, on va chercher à faire une distinction, du point de vue de l’accessibilité, entre ce qui est strictement irréalisable pour un profil d’utilisateur donné, et ce qui est possible, même avec difficulté. Partant du référentiel Accessiweb, on va définir 2 groupes de critères, ceux qui doivent être absolument satisfaits (ou sinon certains utilisateurs n’ont pas « accès à l’info ») d’une part; et ceux pour lesquels on va considérer qu’un accès à l’info est toujours possible, d’autre part. Sur le 2ème groupe on cherchera une gradation en fonction de l’impact utilisateur (pour faire simple: le degré de difficulté pour récupérer l’info en question). Le groupe 1 est celui des critères non négociables (on le fait, point). Le groupe 2 est celui où une tolérance aux défauts est envisageable, plus ou moins stricte selon l’impact utilisateur estimé.
    Un exemple de critère du groupe 1: absence d’un alt pertinent sur une image informative. Exemple de critère du groupe 2, avec impact fort: mauvais contraste, qui nécessite d’appliquer un autre style ou de copier-coller dans un autre logiciel et modifier les couleurs. Exemple de critère du groupe 2 avec impact faible: indication des citations manquante.
    (Ces exemples ne sont pas à considérer comme définitifs, encore une fois le groupe de travail « Technique » doit rendre ses conclusions pour « officialiser » la répartition).
    Typiquement, les situations utilisateurs que tu décris dans ton premier billet correspondent surtout à des impacts utilisateurs forts, mais en général, l’information est présente, éventuellement pertinente, donc elle satisfait les exigences du groupe 1. Les impacts utilisateurs viennent ensuite pondérer les priorités de prise en charge.
    Ton propos est très pertinent cependant, et l’une des difficultés sera de bien décrire les relations entre critères, et entre fonctionnalités, qui mitigent l’impact, voire la capacité utilisateur à accéder à l’info. Par exemple, des sous-titres absents d’une vidéo sont partiellement compensés par une transcription parfaite, et du coup l’accès à l’info est possible, bien que sous une forme différente.
    Bref, la réflexion s’annonce passionnante, et je le pressens, très fertile en découvertes et déclinaisons très intéressantes…

    • tanguyreve dit :

      En effet, la réflexion s’annonce passionnante. Compte tenu de la longueur déjà importante de mes deux parties, j’ai volontairement mis de côté l’aspect impact. Cela fera probablement l’objet d’un autre billet.

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