Carrefour : ou comment être désorienté

Ayant entrepris d’aller passer une semaine de vacances à La Rochelle, je me suis mis en quête d’un magasin de courses alimentaires en ligne susceptible de me livrer poulardes, gibiers, rôtis et moult libations afin de tenir un siège contre l’Anglais, du haut des fortifications.

Mon site habituel ne livrant pas en Charente, j’ai cherché parmi les enseignes les plus connues. Super U ? ne livre pas à La Rochelle. Intermarché ? Un site très compliqué, dès la page d’accueil ; j’ai tourné en rond plusieurs fois, ne serait-ce que pour savoir si ce service existait. J’ai fini par dégoter un joli calendrier où les jours livrables et non livrables étaient indiqués par un code couleur. Donc, bernique.

Enfin, j’arrive sur Carrefour qui, au premier abord, semble plutôt clair : des titres, des alternatives à la majorité des images, des pages « relativement peu chargées ». Bon, dans la ville des Franco-Folies, pas de livraison à domicile, mais un système de « drive » avec lequel on fait sa commande sur Internet, puis on se rend en voiture dans le créneau choisi, et en 5 mn, votre coffre est rempli de victuailles. Sans frais supplémentaires, précise la page des CGV. Forte heureusement, car dans mon cas, il va me falloir y aller en taxi.

Va donc pour le « Drive » ! La première étape est la création d’un compte. Et c’est là que les choses se gâtent. Je remplis consciencieusement tous les champs marqués d’une étoile et donc obligatoires. Au passage, je remarque un champ Date de Naissance que Jaws me signale comme étant en lecture seule, donc non éditable. Cela m’intrigue, mais le champ n’étant pas marqué de l’étoile, je ne m’en soucie pas. Je fais quelques erreurs, notamment sur le format du mot de passe, lequel ne m’est précisé qu’après validation du formulaire. Je corrige. Pourtant, j’obtiens perpétuellement le même message d’erreur laconique : « Erreurs : les champs en rouge sont obligatoires ». Je recommence plusieurs fois, vérifie l’activation de javascript dans Internet Explorer dernier cri, télécharge et installe Firefox en espérant que IE me joue un tour ; rien à faire. Je trouve un autre formulaire d’inscrit qui lui, ne se trouve pas via le lien « drive » mais directement sur le portail. Une heure s’est déjà écoulée. Là, le sang me monte aux oreilles et l’énervement doublé d’une envie de cogner sont à leur comble lorsque je lis la p… de phrase en fin de ce nouveau formulaire : « Veuille saisir le texte ci-contre ». Vous l’aurez deviné, ledit texte est un de ces maudits CAPTCHA constitué d’une image. Aucune alternative sonore n’est évidemment proposée.

Je respire trois grands coups afin de retrouver un calme apparent, décroche mon téléphone pour contacter le service client de Carrefour. Un homme, manifestement jeune et forcément positif me répond. Tout d’abord, il ne comprend pas un traitre mot de mon histoire de texte situé dans une image et qu’il faut reproduire. Après plusieurs tentatives, échanges ping-pong explications – incompréhension, il finit par me dire qu’il ne s’occupe que de la partie Drive du site et non du portail. Je sens alors une sorte de soulagement dans sa voix car il m’assure que sur ce formulaire, il y a très peu de champs à remplir et que, ne connaissant pas ma configuration, il lui est difficile de m’aider davantage. Il me vient alors l’idée de lui demander quels sont les champs obligatoires. Il me les énumère et mentionne le fameux champ Date de Naissance. Enfin, nous avons isolé le problème ! Je lui fais part de ma difficulté à obtenir cette information dans la mesure où celui-ci non seulement n’est pas marqué d’un astérisque, mais est indiqué comme non éditable. Ce qu’il saisit bien puisqu’il prend le temps de me décrire le fonctionnement de ce champ. Lorsqu’on clique dessus, cela ouvre un calendrier en pop-in dans lequel l’utilisateur choisit la date. Hors, celui-ci n’est ni atteignable par tabulation et n’ayant pas le focus à son ouverture, je ne pouvais deviner sa présence. Tout en insistant sur le caractère totalement inaccessible de ce dispositif, je lui demande quelle solution il a à me proposer. Rien bien sûr. Il comprend parfaitement mon problème mais ne peut pas créer le compte pour moi. Quant à faire remonter le point bloquant à qui de droit, sa réponse est des plus évasives. Je le remercie malgré tout de sa patience et de sa description qui va me sauver. En effet, en manipulant le curseur Jaws, celui qui émule la souris, je parviens à cliquer sur une date au hasard. A mon grand bonheur, j’ai rajeuni de 5 ans, 5 mois et 22 jours ! C’est beau la technique ! Ouf ! Je peux enfin commencer mes achats !

Hormis une extrême lenteur dans le chargement des pages à chaque changement de rayon ou chaque requête dans le moteur de recherche, tout se passe plutôt bien, jusqu’au moment où mon navigateur plante et ferme d’autorité la session. Dans une humeur de plus en plus « positive », je me cramponne à mon clavier et me dis naïvement que tout site de vente en ligne digne de ce nom aura forcément conservé mon panier en mémoire. Eh bien non, figurez-vous ! Ca devait coûter trop cher en développement par rapport au chiffre d’affaire colossal du groupe (plus de 67 milliards d’euros en 2011, source http://www.carrefour.com/cdc/finance-fr/chiffres-d-affaires-et-resultats/chiffres-d-affaires/chiffre-d-affaires-2011-folder/chiffre-d-affaires-3eme-trimestre-2011.html).

Patiemment, telle une gentille fourmi de la consommation de masse, ou plus exactement, vue mon degré d’exaspération du moment, tel Sisyphe remontant son rocher pour la nième fois, je recommence. Arrive l’instant fatidique du choix de l’horaire de récupération de la marchandise. Encore un calendrier javascript uniquement utilisable à la souris ! Même plus mal ! Car les blagues les plus courtes, c’est bien connu, sont souvent les meilleures. Cette fois, je mise à fond sur mon expérience utilisateur (au sens apprentissage et non au sens ressenti) et renouvelle avec succès le coup du curseur Jaws. Mais si ! Vous savez bien, la petite souris !

J’ai commencé à 13h30. Il est 18h00.  La vache à lait consumériste est exsangue. A défaut d’en avoir plein le kadi, j’en ai plein les bottes ! Tellement raz-la-gondole que je ne vais pas jusqu’au bout de la liste que j’avais préparée.

Coût de l’opération : un après-midi entier, un double whisky (Aberlour 18 ans d’âge) pour me remonter la cerise, 25 euros de taxi pour aller chercher la commande dont certains produits étaient d’ailleurs indisponibles.

Epilogue : au cours du séjour, nous avons découvert une petite supérette avec des vendeurs très sympathiques et disponible, et qui pouvait elle aussi livrer dans la journée.

Mon verdict est clair : Carrefour, c’est comme la croisée des chemins en Bretagne, on y trouve forcément un calvaire.

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2 Réponses à “Carrefour : ou comment être désorienté”

  1. sonia dit :

    pour faire court, j’ai commencé à faire mes courses sur carrefour drive à 21H30, il est 02H30…et je n’ai pas réussi à valider mon panier!!! Extrêêêême lenteur des pages, puis je vérifie mon panier, je veux supprimer des articles et là encore extrêêêêême lenteur et au fur à mesure que je les efface les précédents se remettent !!!!! grrrrr…y a de quoi s’arracher les cheveux!!! vaut mieux passer 1h dans le magasin et faire la queue à la caisse, on a tout à y gagner finalement! Je précise quand même que j’ai fait plusieurs fois mes courses sur Auchan Direct, jamais de problème de lenteur, site plus pratique et jamais aucun « beug »…fini carrefour drive pour moi!!

  2. Le bonheur de pouvoir faire ses courses en ligne | Tanguy rêve dit :

    [...] d’achats alimentaires qui je peux utiliser d’un bout à l’autre du processus (CF mon billets Carrefour ou comment être désorienté). Compte tenu de mon double handicap moteur et visuel, j’apprécie, non je goûte, non, je [...]

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